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Gestion budgétaire et transformations numériques

Lundi 23 Décembre 2019

Un, spécialiste de la location avec option d'achat de véhicule a récemment abandonné un projet ERP sur SAP, échec estimé à près de 100 millions de dollars... Le CEO, lors d’une récente réunion avec les actionnaires a précisé que "le système n’est pas taillé pour les exigences du monde digital. La nature monolithique du système SAP l’empêche d’apporter des améliorations complémentaires à ses services et ses produits face aux changements technologiques rapides."

Une telle décision nous rend perplexe, néanmoins, c’est une décision courageuse.

Mais comment une entreprise se laisse-t-elle piéger dans de tels projets inappropriés aussi coûteux ?

Essayons de répondre à cette question.

Les projets à gros budgets motivent

Évidemment.

Les décideurs projettent d’investir 41 millions de dollars en moyenne dans le déploiement de technologies qui les aideront à transformer leur exploitation au cours des 12 prochains mois. Près d’un cinquième (18 %) dépensera entre 5 et 20 millions de dollars pour cela et plus d’un dixième (13%) dépensera entre 20 et 50 millions de dollars.1

Vous allez d’ailleurs vous dire que c’est humain que de se sentir reconnu et important lorsque l’on engage pour le compte de son entreprise des projets à plusieurs millions. Cela signifie que vous portez un sujet stratégique. Il attire l’intérêt et l’attention de tous, de la direction aux opérationnels. Il est challengeant. Vous n’êtes plus un numéro, vous participez à quelque chose de grand, d’important et de reconnu.

On parlera même quelque fois « d’aventure humaine ».Vous apprendrez beaucoup ...aux frais de l’entreprise. Ceci est cependant considéré comme tout à fait normal.

Certes, mais n’oublions pas qu’une entreprise n’est pas une école à proprement parler. Et que même si cela est très motivant d’apprendre continuellement, il faut aussi donner les moyens à l’entreprise de se rentabiliser. Ce qu’elle fait d’autant plus facilement qu’elle compte parmi ses personnes clés des profils autonomes et responsables au point de faire passer l’intérêt de l’entreprise avant le leur.

Cette attitude responsable est bien sûr celle de tout cadre dirigeant....

Malheureusement, la réalité est beaucoup plus âpre.

Les projets à gros budgets servent les intérêts personnels de carrière

On choisit généralement les plus gros acteurs du marché pour délivrer des projets à budgets conséquents.

Ce choix est tout à fait cohérent pour la plupart d’entre nous. Ces gros acteurs sont forcément compétents en la matière dès lors que l’on adresse avec eux des projets sur lesquels ils exercent depuis des années, ces années d’expérience constituant leur meilleure garantie.

C’est très rassurant pour le client qui les sélectionne, convaincu qu’il ne peut échouer, accompagné par de tels mastodontes.

Et puis, c’est tout de même très agréable de se faire « draguer » par les plus gros du marché et traités comme un client VIP. Cela ne peut qu’apporter de la valeur à votre CV que d’exposer le pilotage de tels projets aux côtés de ce type de noms.

Toutefois, quelque chose nous échappe : quelles sont les années d’expérience démontrées par ces gros acteurs du marché dans la transformation numérique et l’exploitation de la donnée ?

La "mésaventure" de ce spécialiste démontre que ce ne sont justement pas ces gros acteurs historiques qui détiennent la compétence de la transformation numérique : ils n’ont pas plus que les autres, sur ce sujet, les années de recul et d’expérience qui pourraient justifier leur valeur-ajoutée.

Numérique rime avec : agile, données, cloud, transparence, attentes métiers fortes, adaptabilité constante et rapide, gestion des budgets et surtout survie de l’entreprise. Nous ne pensons pas que cette liste caractérise correctement les gros acteurs du marché.

Les projets à gros budgets ne constituent en rien la garantie de leurs succès

Selon une étude de Forrester Consulting, plus de 60% des projets de transformation numérique des entreprises échouent. Concernant ces projets, il est dangereux de construire son projet en fonction de son budget. Il faut plutôt analyser la meilleure réponse stratégique, tactique et opérationnelle et construire son budget à partir de cette analyse.

Dès lors, les problèmes commencent car nous sommes à l’aube des transformations numériques d’entreprise : nous n’avons que peu de recul, peu de maîtrise du sujet, nous apprenons tous en marchant et pour couronner le tout nous avons pris conscience que cette transformation est inéluctable.

Dans un tel contexte, ne pensez-vous pas que l’arme ultime devient alors « le bon sens paysan » ? Et franchement, le bon sens paysan ne s’assemble pas très bien avec « gros budgets ».

Les vraies questions à se poser

L’expertise de la donnée reste essentielle : cette compétence est-elle correctement détenue par l’acteur que vous souhaitez sélectionner ?

La bonne identification des enjeux est cruciale. Sont-ils sur l’infrastructure, la légalité, l’adaptabilité, la qualité de la donnée, les besoins des métiers ? Tous à la fois ?

Les conséquences sur l’entreprise en cas d’échec : la direction générale et la DSI partagent-elles la même analyse du risque d’échec d’un tel projet ?

Les projets de transformation numériques sont nouveaux. L’expérience du marché est limitée pour tous, la courbe d’apprentissage est raide et les entreprises ne sont pas à maturité sur ce sujet.

1 Rapport Veeam 2019 sur la gestion des données dans le Cloud réalisé par Vanson Bourne